Chapitre 7
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Modern Magic Lanterns: A Guide to the Management of the Optical Lantern for the Use of Entertainers, Lecturers, Photographers, Teachers and Others, Londres / New York, L. Upcott Gill / Charles Scribner’s Sons, 1900 [1895]. C’est nous qui soulignons.

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Cette question du sérialo-centrisme n’est nulle part plus apparente et plus tangible que dans les rapports entre le cinématographe et les journaux corporatifs du début du xxe siècle. Voir notamment André Gaudreault, « The Culture Broth and the Froth of Cultures of So-called Early Cinema », dans Nicolas Dulac, André Gaudreault et Santiago Hidalgo (dir.), A Companion to Early Cinema, Malden et Oxford, Wiley-Blackwell, 2012, p. 18-20.

En savoir +

Les titres mêmes des revues où l’on trouve des mentions du nouvel appareil disent tout ce qu’il y a à dire, en quelque sorte, sur le rapport entre le cinématographe et les séries culturelles importantes qui s’en sont peu à peu emparées pour finir par se l’approprier. C’est en effet au cours des premières années de la mise en route de l’institutionnalisation que l’on assiste à la création de journaux corporatifs consacrés à la seule cinématographie :

  • en 1907, fondation aux États-Unis du Moving Picture World ;
  • en 1907, fondation en Angleterre du Bioscope ;
  • en 1908, fondation en France de Ciné-Journal.

Durant les années antérieures, c’est dans les journaux corporatifs issus de séries culturelles étrangères à la cinématographie, comme The Optical Magic Lantern Journal and Photographic Enlarger ou L’Industriel forain, que le cinématographe trouve refuge. Il faudrait un jour faire l’histoire détaillée de l’évolution des titres de ces revues, en rapport avec le sérialo-centrisme et son déclin et avec la montée de l’institutionnalisation. Voyez comment les mutations dans le nom même de la revue britannique des lanternistes révèlent l’issue du « combat » entre les deux séries culturelles que sont la vieillissante lanterne magique et le jeune et fringant cinématographe :

1889 : The Optical Magic Lantern Journal and Photographic Enlarger

1904 : The Optical Lantern and Cinematograph Journal

1906 : The Optical Lantern and Kinematograph Journal

1907 : Kinematograph and Lantern Weekly

1919 : Kinematograph Weekly

Figure 1 – En-tête d’un numéro de la revue The Optical Magic Lantern Journal and Photographic Enlarger (1889-1904).

Figure 2 – En-tête d’un numéro de l’Optical Lantern and Kinematograph Journal (1906-1907).

Figure 3 – En-tête d’un numéro du Kinematograph and Lantern Weekly (1907-1919). Collection Cinémathèque québécoise.

Figure 4 – En-tête d’un numéro du Kinematograph Weekly (dont la publication a commencé en 1919). Collection Cinémathèque québécoise.

On remarquera l’absence, en 1889, de toute référence, dans le titre de la revue, à la cinématographie ou aux vues animées (ce qui n’a rien d’étonnant, vu la date de fondation du journal), puis l’introduction du cinématographe, en 1904, en deuxième place (The Optical Lantern and Cinematograph Journal), suivie de l’interversion, en 1907, du cinéma et de la lanterne magique (Kinematograph and Lantern Weekly), le cinéma se trouvant désormais en première position, jusqu’au « triomphe du cinématographe » – en référence à l’article de Riciotto Canudo, « Lettere d’arte. Trionfo del cinematografo », Il Nuove giornale, Florence, 25 novembre 1908 –, qui se manifeste en 1919 par l’expulsion pure et simple de la lanterne magique, son éradication totale du titre du journal !

Quel étrange et sombre destin que celui de la lanterne magique qui, au gré de la transformation du nom du journal, est d’abord vue, en 1889, comme « optique » et « magique » à la fois, et qui, dépouillée de sa magie en 1904, continuera à se faire de plus en plus discrète jusqu’à n’être plus que simple lanterne en 1907, pour finir par disparaître complètement en 1919.

La lanterne magique dont on parle ici est-elle bien la lanterne dont Child Bayley disait qu’elle avait été la niche même de l’invention du cinématographe ? Oui, c’est bien elle. Mais elle a perdu de sa superbe et elle a connu, en quelques années seulement, un déclin que certains interpréteraient comme une mort, d’autres comme une dégénérescence qui l’aurait reléguée au statut de « residual media » (voir Charles R. Acland, « Introduction. Residual Media », dans Charles R. Acland (dir.), Residual Media, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2007, p. xii-xxviii).

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